Voir l’aboutissement de son travail : un enjeu éducatif citoyen

Ce processus créatif éducatif aboutit à la création de courts métrages. Chaque binôme réalise donc son film court, constitué par des images d’archives et l’habillage sonore élaboré (enregistrement sonore des textes, bruitage, musique, etc.). Les images ont été travaillées par le montage, toujours dans la dynamique d’invention et d’appropriation d’un langage, à la croisée de l’expression verbale et de l’expression visuelle. Après avoir découpé, répété, agrandi, réduit, accéléré, ralenti, etc. les images, dans leur assemblage, dans une narration affranchie des normes de récit habituelles, les jeunes se confrontent au résultat de cette fabrication. Toutes ces étapes les amènent finalement à voir leur oeuvre. Une diffusion au sein du groupe de travail est organisée, c’est le première restitution au sein de la communauté provisoire que constitue l’équipe de ce projet. 

Ensuite, on organise une diffusion et une discussion collective. Les jeunes doivent pouvoir se confronter à ce qu’ils ont produit, avoir un sentiment de satisfaction d’un travail mené jusqu’à un aboutissement concret. Se jouent ici des enjeux de reconnaissance et d’estime de soi, de confiance en soi, qui seront des éléments clés dans l’acquisition de capacités d’expression, le franchissement du sentiment d’insécurité linguistique mais aussi plus globalement dans la possibilité d’être un citoyen.

Des projections publiques peuvent aussi être organisées, faisant suite à la dynamique de valorisation du travail mené, et permettant, dans certains cadres de diffusion, d’être des leviers de sensibilisation à la fois à des pratiques interdisciplinaires mêlant création et éducation dans des enjeux citoyens, à des pédagogies basées sur le recyclage d’images préexistantes,  mais aussi à tout ce que ces participants-citoyens, qui habituellement n’ont pas la possibilité de proposer un regard et une pensée, ont à dire de notre monde.

 

Les éducatrices

« Au final, on note une vraie fierté d’avoir abouti. Les jeunes ne l’expriment pas facilement, mais ça se voit dans leur présence à la restitution, leur investissement sur la durée de l’action, leur engagement, le fait d’en reparler, l’émotion d’inviter un autre adulte encadrant au cinéma pour la restitution, le fait de réclamer le dvd des films.

Les jeunes se sont connectés à eux-mêmes, sans chercher le bon point. »

Les artistes 

Le film devient un tiers.

Construction d’un tiers, comme la base d’une relation à l’autre.

« Le tiers c’est ce film qui naît : il est la porte de sortie vers le monde
mais également vers l’autre. C’est un pas vers l’altérité et la reconstruction
d’une image de soi. »

A noter également :  le moment de restitution est « tendu » : c’est le temps de la reconnaissance du groupe, c’est aussi le temps où l’on se retrouve à assumer ses choix, à se retrouver en « soliste » par rapport au « chœur ».