Le contexte et ses acteurs

L’atelier prototype qui a permis l’élaboration de ce jalon pédagogique,  Habiter la Ville, Habiter une Image, implique cinq grands types d’acteurs clés:

  • une structure artistique: Lieux Fictifs, qui croise préoccupations artistiques et enjeux de collaboration avec d’autres mondes professionnels. Les artistes acceptent, dans la logique d’action du projet, de faire évoluer leurs pratiques au contact d’autres acteurs et dans une écriture partagée avec les participants. En somme, les artistes sont en charge de mettre en oeuvre des pédagogies ouvertes capables de générer des articulations nouvelles, et de réagencer des rapports: aux autres, à soi, au monde. Lieux Fictifs est à l’origine de la conception de la méthodologie Images en mémoire, Images en Miroir. Lieux Fictifs pilote cette proposition éducative de création partagée basée sur un processus transformatif.
  • une structure détentrice de fonds d’archives, l’Ina, qui se place dans ce type de projet dans une démarche volontariste de développement de nouvelles expériences pédagogiques autour du patrimoine audiovisuel, de l’histoire collective et de la façon dont elle peut être mise en travail auprès de la jeunesse, dans un contexte où la surabondance d’images nécessite de façon urgente qu’on élabore des modalités d’éducation citoyenne aux médias.
  • la structure du ministère de la justice et la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (au niveau régional): le Service Territorial d’Education et d’Insertion de Marseille (soutenu par la Direction Territoriale 13 de la PJJ et la Direction interrégionale Sud-Est) a mobilisé principalement deux éducatrices et une professeur technique. Toutes les trois ont pris pleinement part dans le projet, avec comme préoccupation centrale, la façon dont l’expérience artistique amenée aux jeunes pouvait être bénéfique dans un parcours d’insertion. Pour cela, il s’agissait de collaborer avec les artistes afin d’affiner au maximum des méthodologies qui se basent sur des croisements possibles entre approche artistique et approche éducative. Les trois professionnelles de la PJJ ont voulu s’appuyer sur le processus artistique pour introduire de l’innovation dans la prise en charge éducative, en se servant de ce que ce travail commun pouvait amener d’inédit dans la relation aux jeunes et dans la dimension d’ouverture et de décloisonnement.
  • Le Ministère de la culture et de la communication, Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), a été à l’initiative d’un appel à projet pour la maîtrise de la langue française, soutenant ainsi l’expérimentation, la modélisation et la transmission de pratiques innovantes fondées sur un dispositif de création partagée comme levier d’appropriation du Français. Le jalon se place dans cette optique de développement de nouveaux schémas pédagogiques.
  • la Friche Belle de Mai, Marseille, soutient et encourage les actions liées à la dimension éducative des pratiques artistiques et culturelles et favorise les projets menés avec la jeunesse.

La méthodologie Images en Mémoire, Images en Miroir, aussi déclinée comme dispositif national d’éducation à l’image dans trois régions de France (Hauts de France, PACA, Île de France) de 2016 à 2018, associe:

  • Lieux Fictifs, en tant que producteur, avec sur le terrain des équipes de réalisateurs qui interviennent en binôme
  • Résonance Culture, en tant que coordinateur
  • L’Ina et le CNC, comme structures détentrices de fonds d’archives, partenaires aussi dans la réflexion sur l’usage des ressources patrimoniales audiovisuelles dans une dimension d’éducation citoyenne aux médias
  • Le Ministère de la Justice, Administration Pénitentiaire et Protection Judiciaire de la Jeunesse, avec différents services en milieu ouvert et en milieu fermé, qui sont les territoires d’action principaux jusqu’à présent
  • le CGET, Commissariat général à l’égalité des territoires
  • le CNC qui inscrit ce dispositif national parmi d’autres dans le cadre de sa mission de promotion du cinéma et de l’audiovisuel auprès de tous publics
  • Des fondations privées dont la fondation France Télévisions, et la Fondation de France

ÉLÉMENT CLÉ

Prendre conscience et bien identifier le cadre du projet, les territoires, acteurs et publics qu’il va réunir: considérer les enjeux respectifs, les attendus qui se croisent ou sont complémentaires, les différences d’approches et la façon dont elles peuvent néanmoins non pas seulement se juxtaposer mais s’enrichir mutuellement, dans des formes d’hybridation qui sont l’aspect déterminant dans la recherche d’innovation.

Le dispositif s’ancre dans un contexte. Tout type de projet doit se développer sur la base d’une prise en compte de l’environnement de déploiement des méthodologies. Celles-ci sont d’ailleurs pensées, élaborées, ajustées dans des situations réelles, dans une conscience et une connaissance des territoires, des acteurs et des publics qu’elles vont impacter.

Il ne faut pas penser que la méthodologie proposée ici se place dans une visée « adaptative » ou « correctrice » qui viserait à donner aux jeunes des possibilités de mise en conformité d’eux-mêmes par rapport à un système de représentation et de rapport présenté comme allant de soi. Il n’y a pas une volonté de faire entrer l’expression personnelle dans une forme de validité prescrite, mais plutôt de faire émerger une expression singulière dans une expérience collective. Il s’agit de travailler ainsi la possibilité pour ces jeunes de sortir des assignations multiples (place sociale, regard, discours, récit, schèmes de perception) qui les empêchent souvent d’accéder à un sentiment positif d’existence sociale. Or, ce sentiment de ne plus être identifié sur le mode de l’individu par défaut (Robert Castel), est un socle fondamental d’insertion sociale (non dans une naturalisation absolue de l’ordre social, mais dans une capacité nouvelle à se situer) et de développement de capacités d’expression.

Prendre la mesure du contexte ne revient pas à le considérer comme un terrain d’intervention figé et qui va de soi, auquel on devrait ajuster une proposition qui en assure efficacement l’amélioration et le maintien: ici, dans l’acceptation de faire évoluer des places et des pratiques professionnelles, se jouent précisément la remise en jeu de schémas artistiques et pédagogiques plus traditionnels et la fabrication d’un axe latéral partagé. Tout le monde peut envisager autrement son rapport au contexte, et donc aux autres, et à soi.

Le projet qui a servi de base à cet outil pédagogique Habiter la Ville, Habiter une image s’est mis en oeuvre avec différents acteurs et donc des attendus spécifiques, parfois similaires, parfois complémentaires. Il est important de restituer l’action réalisée pour comprendre quel en était le cadre. Pour toutes vos actions, il est fondamental de prendre en considération les éléments de contexte, avec un point de vigilance sur les acteurs professionnels engagés. Souvent, différents champs sont réunis autour d’une initiative, mais il s’agit de faire émerger une articulation des approches pertinente et surtout concrète, réelle.

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